23 février 2010

Recueil de nouvelles INCONTOURNABLE !

«Silence, on tue !» de Sylvie St-Laurent - Vézina,

Editions La Fondation littéraire Fleur de Lys, 2009

Cet excellent recueil de nouvelles ne traite pas de crimes violents contre la personne mais de ceux, bien plus insidieux, que l’on perpétue avec des gestes ou des mots. Ce recueil propose une réflexion aux lecteurs. Combien de batailles inutiles livrons-nous, par orgueil ? Combien de blessures infligeons-nous par abus de pouvoir et par besoin de contrôle? Il en faut peu, parfois, pour blesser et laisser des séquelles.

Cette auteure québecoise présente un style que je trouve très personnel et particulièrement réussi dans ce recueil de nouvelles.   Elle excelle dans la création de textes courts, riches en métaphores originales  (souvent comiques) et en vocabulaire. 

J'ai craqué une fois de plus pour Sylvie et vous recommande chaudement la lecture de ses ouvrages que l'on peut découvrir sur le site :

http://manuscritdepot.com/a.sylvie-st-laurent.1.htm

Silence_on_tue

Un extrait :

Il s'agit de la nouvelle "Silence, on tue !" qui a généré le titre du recueil :

Le tapuscrit est terminé. Il a été posté. Dans sa naïveté de débutant, Maxime croit qu’il a écrit le chef-d’œuvre du siècle. L’auteur se voit déjà adulé. Les gens s’alignent pour le rencontrer lors d’une séance de signatures. Son roman est tellement palpitant qu’un producteur veut l’adapter pour le cinéma.

Il a le droit de rêver pendant que l’attente se prolonge. Trois mois plus tard, il n’a pas reçu de réponse à son envoi même s’il avait demandé un accusé de réception. Il téléphone à la maison d’édition. On lui apprend que dans le meilleur des cas, on pourra lui donner signe de vie dans trois autres mois, peut-être plus. Il ne sait pas encore que dans le pire des scénarios, il ne recevra jamais un mot, pas même une lettre de refus.

Suivant les conseils d’un auteur chevronné, Maxime décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs maisons, simultanément. Un matin, dans la boîte aux lettres, il trouve une enveloppe à l’entête de l’une d’elles. Il la décachette avec fébrilité. Il est à quelques secondes de voir son rêve se réaliser.

Monsieur,

Nous avons pris connaissance de votre manuscrit et nous avons le regret de vous informer qu’il n’entre pas dans le cadre de nos collections, qui sont établies en fonction des besoins de l’heure et de l’exiguïté du marché.

Nous profitons de l’occasion pour vous remercier de l’intérêt que vous portez à notre maison d’édition…

Le premier choc passé, l’auteur se dit qu’il lui reste encore quelques chances. Il retrousse ses manches, ressort ses crayons et continue de pondre son deuxième chef-d’œuvre en attendant que le premier soit reconnu.

Quelques jours plus tard, Maxime lit, incrédule :
… Malgré la qualité de votre ouvrage, notre maison d’édition n’est pas en mesure de le publier. Votre roman n’entre pas dans nos priorités éditoriales.

Le même scénario se produit la semaine suivante, en des termes semblables :
… Votre roman ne correspond pas à nos politiques éditoriales.

Quelles sont donc ces politiques éditoriales ? demande l’auteur. Il ne le saura pas. Sa demande restera lettre morte.

« Notre agenda éditorial est complet jusqu’en 2010 », lui apprend le quatrième éditeur, le mois suivant.

Au moment où le désespoir le guette, il se souvient que Margarett Mitchell a essuyé 17 refus avec Autant en emporte le vent avant d’être éditée. Maxime espère ne pas battre le record de cette dernière.

« Le roman que vous nous proposez n’est pas sans qualités ni intérêts, mais nous sommes au regret de vous annoncer que nous ne pouvons pas le publier. Recevant plusieurs manuscrits par semaine, nous devons effectuer un choix qui, la plupart du temps s’avère difficile. De plus, comme notre programme de publication est complet pour l’année prochaine, nous sommes dans l’obligation de privilégier les textes qui appellent de près notre sensibilité.

Nous vous remercions d’avoir pensé à nous et nous vous souhaitons bon courage dans vos futurs projets. »

Maxime s’étonne de ne jamais recevoir de critique constructive. Si on lui disait par exemple à quel endroit il doit élaguer ou développer, quel point retravailler ou quoi peaufiner, il le ferait sans hésitation.

En réponse à ses prières, le sixième éditeur joint une grille d’évaluation du roman.

Après le titre du tapuscrit, il lit les critères dont le comité de lecture a tenu compte.

Syntaxe : 10/10
Orthographe : 9/10
Ponctuation : 9/10
Vocabulaire : 10/10
Transitions : 10/10
Style : 10/10
Intérêt : 9/10
Cohérence : 10/10
Crédibilité : 10/10
Originalité : 8/10
Libre de clichés : 10/10
Libre de jugements : 10/10
Total : 115/120
Clientèle visée : Adultes
Recommandation pour l’édition : oui.

Maxime jubile. Enfin, une année de travail sera couronnée. Il lance des hourras, il remercie Dieu même s’il est plus ou moins croyant et danse sur place. Il ne marche pas, il plane. Il se trouve sur un petit nuage de gloire, au-dessus des gens ordinaires.

Toutefois, il revient bien vite sur terre, lorsqu’il lit, ahuri, la lettre que l’éditeur a jointe à l’envoi :

« Malgré les recommandations positives de mon comité de lecture, je me vois dans l’obligation de refuser votre roman.

Le marché potentiel m’incite à la prudence. Je suis persuadé que j’aurais du mal à le vendre. Continuez, si ce n’est déjà fait, votre recherche d’éditeur.

Je vous souhaite la meilleure des chances dans vos projets d’écriture.»

Après une nouvelle comme celle-là, pense Maxime, je n’aurai pas besoin de chance, mais D’UN MIRACLE.

Posté par Filo Filo à 11:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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